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When I read Thomas Mathiesen’s ‘Politics of Abolition’ (I’m talking about the first part) I understood you couldn’t discuss criminal justice in that language, you will have to re-organise your knowledge…

In memoriam Louk Hulsman

Philippe Robert

Louk Hulsman est mort chez lui à Dordrecht le 28 janvier 2009.
Il était l’un des dix membres fondateurs de Déviance & Société. Jusqu’à la fin, il est resté assidu aux réunions du Comité éditorial, encore tout récemment à Utrecht en novembre dernier. Quand la mort l’a surpris, il avait programmé de venir au comité de Paris, le 14 février.
Il a aussi participé tout du long à l’aventure du Groupe européen de recherches sur les normativités (GERN). Il était très présent aux Interlabos : il y a trois mois, il avait encore présenté une contribution lors du plus récent d’entre eux.
Même dans nos réunions plus lointaines, nous rencontrions fréquemment ce grand voyageur, ainsi en décembre 2007, à Ottawa et à Montréal, au cœur de l’hiver québécois.
Dans notre groupe, Louk Hulsman tenait une position bien particulière : quoique juriste et pénaliste, il nourrissait un grand scepticisme envers toute l’institution pénale, notamment la peine et les lois prohibitionnistes – comme en témoignent ses participations à des débats dans Déviance & Société sur les peines et sur la politique des drogues . A vrai dire, c’était l’ensemble du pénal dont il avait fini par souhaiter l’abolition comme en témoigne l’ouvrage qu’il avait publié en 1982 avec Jacqueline Bernat de Célis . Au moins pour toutes les affaires mettant en cause un auteur et une victime, il était persuadé que le recours à l’arbitrage, à la médiation, à la justice civile ou administrative pouvait remplacer avantageusement la solution pénale. Et pour faciliter cette reconversion, il proposait de déconstruire les infractions en n’y voyant systématiquement que des situations problématiques .
Cette méfiance ne se bornait pas à l’institution pénale, elle s’étendait à toutes les institutions soupçonnées de brimer le développement des personnes. Aucune d’elles, pensait-il, ne tient les promesses qu’elle avance mais toutes deviennent oppressives.
Cette méfiance tient beaucoup à son histoire personnelle.
Il a raconté lui-même qu’il était né sur la frontière allemande à Kerkrade le 8 mars 1923, dans une province où le clergé régentait alors étroitement la vie et les mœurs. Cette atmosphère étriquée s’était doublée pour lui de l’expérience très mal vécue d’années de scolarité dans un internat religieux. Puis vint l’occupation allemande, le refus du service du travail obligatoire, l’internement en camp de concentration, l’évasion, la résistance armée. Cette addition avait fini par façonner chez lui une grande réticence devant tout encadrement institutionnel.
Étudiant en droit à l’Université de Leiden, il avait notamment étudié le pénal avec Jakob Maarten Van Bemmelen. Entré dans les services juridiques du ministère de la Défense avant de passer à celui de la Justice, il s’y était convaincu qu’un individu résolu pouvait, en agissant avec prudence et obstination, faire bouger les institutions même les plus majestueuses.
Au début des années 1960, l’Université Erasmus de Rotterdam créait une Faculté de Droit et l’appelait à enseigner le droit pénal et la criminologie. C’est durant ces années académiques, en confrontant les assertions du droit pénal aux enquêtes des sciences sociales, qu’il s’était peu à peu persuadé – en partie sous l’influence de Thomas Mathiesen - de la possibilité de renoncer à la solution pénale.
Il ne faut pas omettre l’importance de son expérience au Conseil de l’Europe, notamment parce qu’il y présida de longues années un Comité sur la décriminalisation chargé de proposer une réduction de l’ampleur des incriminations , mais aussi parce que c’est au cours des réunions du Comité européens des problèmes criminels et des conférences qu’il organisait que se tissèrent les liens qui le firent entrer dans notre groupe.
Méfiant devant toutes les ossifications institutionnelles, Louk témoignait en revanche d’une inépuisable empathie : il était capable de transformer toute rencontre en dialogue. Solidement ancré dans ses convictions, il était en même temps ouvert à tout échange interindividuel et l’abordait avec sympathie et ouverture. En témoigne bien le ton de sa confrontation, précitée (Hulsman, 1990) avec Maurice Cusson.
Autant il supportait mal tout carcan institutionnel, autant il était avide de rencontres humaines et les recherchait au cours d’infatigables pérégrinations à travers le monde presque jusqu’au dernier jour de sa vie.
L’expression qui ouvre son faire-part, Gardener of the world, capture au mieux sa double passion des jardins et des voyages.
C’est pour tout cela que Louk n’était pas seulement un collègue de longue date. Pour beaucoup d’entre nous, il était aussi un merveilleux ami. Son passage sur l’autre rive creuse une béance au sein de notre groupe.
A Marianne, à ses enfants, à ses petits-enfants, le Comité adresse ses pensées amicales et attristées.

Références

Comité européen pour les problèmes criminels, Rapport sur la décriminalisation, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 1980.
Hulsman L., Réponse à Maurice Cusson, Déviance & Société, 1990, 14, 3, 325-334.
Hulsman L., Struggles about terminology : ‘Problematic situation’ vs ‘crime’, in Cartuyvels Y., Digneffe F., Pires A., Robert Ph., Dir., Politique, police et justice au bord du futur, Mélanges pour et avec Lode Van Outrive, Paris, L’Harmattan, 1998, 45-56.
Hulsman L., Bernat de Célis J., Peines perdues ; le système pénal en question, Paris, Le Centurion, 1982.
Hulsman L., Van Ransbeek H., Evaluation critique de la politique des drogues, Déviance & Société, 1983, 7, 3, 271-280.
Mathiesen T., The Politics of Abolition, London, Martin Robertson, 1974.